Vive la Résistance

22 avril 2008

Hommage à Germaine Tillion.

Classé sous HOMMAGE — Vive la Résistance @ 11 h 47 min

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« Je pense, de toutes mes forces, que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique. » Germaine Tillion


La Grande résistante et ancienne déportée Germaine Tillion s’est éteinte le 19 avril 2008 dans sa 101ème année.
Née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire) dans une famille d’intellectuels catholiques, cette femme de combat aux multiples engagements avait tout d’abord été une pionnière de l’ethnologie dans les années trente. Dès 1934, elle part enquêter sur le terrain dans le massif montagneux des Aurès (Est algérien).
Dès son retour de mission en juin 1940, Germaine Tillion, révulsée par le discours du maréchal Pétain annonçant l’armistice, co-fonde le « Réseau du Musée de l’Homme », le tout premier mouvement de Résistance, avec des intellectuels et des universitaires, parmi lesquels Anatole Lewitsky et surtout Boris Vildé qui dirige le réseau avec Paul Hauet.
Dénoncée, elle est arrêtée en août 1942, détenue à Fresnes, puis déportée, en octobre 1943, sous le régime N.N. (Nacht und Nebel) à Ravensbrück (on lui attribue le numéro 24588). Sa mère Émilie, membre du même réseau, la rejoindra en février 1944 mais ne survivra pas.
C’est dans ce camp de concentration pour femmes qu’elle réussit à écrire une opérette cocasse sur l’enfer des prisonnières, pour distraire ses compagnes parmi lesquelles se trouvaient Geneviève de Gaulle et Anise Postel-Vinay. Archivé plus de soixante ans, « Le Verfügbar aux enfers » sera publié en 2005 et créé en juin 2007 au Théâtre du Châtelet à Paris.
De retour du camp, elle consacre plusieurs années à retracer l’histoire de la Résistance et des Françaises déportées (près de 8000 Françaises ont été déportées à Ravensbrück). Elle publie « A la recherche de la vérité » (1946) et « Ravensbrück » (1973).
Elle retourne dans les Aurès en 1954 alors que débutent les premiers combats de ce qui deviendra la guerre d’Algérie. Elle y enquête sur le sort des populations civiles et analyse les dysfonctionnements de la société coloniale. En 1957, elle dénonce publiquement les nombreuses tortures et exactions.
Après 1958, nommée directrice de recherches à l’École Pratique des Hautes Études (chaire du Maghreb), elle continue de se consacrer à l’enseignement et à la recherche sur le terrain. L’ethnologue publie en 1966 « Le Harem et les cousins », son livre majeur, un essai sur le mariage endogame des femmes au Maghreb.
En 1975, elle est chargée de présider la commission sur l’amélioration de la situation des femmes immigrées.
Retirée mais lucide, elle continue jusqu’en 2004 à accorder des entretiens à des journalistes et intellectuels qu’elle recevait chez-elle. Femme d’engagement contre toutes les formes d’injustice, elle assume également des responsabilités dans plusieurs organisations et mouvements au service des migrants, des minorités, des exclus en France et dans le monde.

Titulaire de la Grand’Croix de la Légion d’Honneur depuis 1999, Germaine Tillion était également Grand’Croix de l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre (1939-1945) ainsi que Médaille de la Résistance avec Rosette.

Nous rendons hommage à cette femme exceptionnelle, Résistante de la première heure, pionnière de l’ethnologie et grande humaniste, dont le parcours se confond avec l’histoire de France au 20ème siècle.

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